Définition et histoire

LE JEÛNE
Définition :

Jeûne : privation partielle ou totale (à l’exception, le plus souvent, d’eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps.

Dans l’esprit de beaucoup de gens, la peur qui découle de la seule évocation du mot jeûner, de la privation de nourriture, par crainte de s’affaiblir, de tomber d’inanition, voire pire, de mourir de faim, est en partie due aux incitations et manipulations publicitaires de la société de surconsommation en tous genres, en particulier alimentaires. En réalité, avant de mourir de faim, de tomber d’inanition, il faut du temps : des semaines voire des mois.

Histoire :

Le jeûne n’est pas une invention des temps modernes. Depuis des milliers d’années, le jeûne se pratique dans les religions et les cultures de tous les continents. A ses origines, le jeûne servait en général à des fins métaphysiques : la purification de l’âme, la pénitence, la dépuration, l’éclaircissement spirituel ou la rédemption étaient le noyau dur du jeûne rituel ou religieux.

Sa pratique signifiait la renonciation totale ou partielle tant aux aliments qu’aux boissons. Aussi, le mot allemand fasten (jeûner) trouve son origine dans le mot gothique “fastan” qui signifie aussi bien s’en remettre, observer que veiller. Le renoncement volontaire est propre au jeûne, le contraire serait souffrir de faim. Dans les différentes civilisations, on retrouve beaucoup de règles relatives à l’alimentation et qui prescrivent aux croyants un renoncement, limité dans le temps, aux aliments.

Ainsi, on le retrouve présent au sein de toutes les religions :
Hindouisme, Jaïnisme, Bouddhisme, Shintoïsme, Islam, Christianisme, Judaïsme…

Également une discipline médicale

Parallèlement au jeûne religieux, les effets du jeûne médical ont aussi fait l’objet d’études.

Les médecins et le jeûne, de l’antiquité au 18ème siècle

Les êtres humains et les animaux partagent la même prédisposition physiologique au jeûne. Depuis très longtemps, des médecins et guérisseurs en ont observé les capacités. Leurs expériences ont permis de formuler des théorèmes comme le démontrent les exemples suivants :

  • Le médecin grec Hippocrate (vers 460-375 avant JC) affirmait à propos du jeûne:

« Il faut être mesuré en tout, respirer de l’air pur, faire tous les jours des soins de la peau et de l’exercice physique et soigner ses petits maux par le jeûne plutôt qu’en recourant aux médicaments.»

 

  • Six cents ans après, le médecin romain Claude Galien (131-201 après JC) fondateur de la pathologie sur l’humeur, prescrivait le jeûne comme thérapie afin de maintenir l’équilibre entre les humeurs et le corps.
  • Dans son œuvre principale, le médecin et investigateur perse Avicenne (980-1038 après JC) exposait les conséquences les plus importantes du jeûne sur la santé. Il avait une méthode particulière, qui consistait à prescrire, dans de nombreux cas de maladies, trois semaines de jeûne.
  • Hildegarde Von Bingen (1098-1179 après JC), religieuse bénédictine, naturopathe, recommandait de renoncer à la nourriture afin de traiter quarante maladies différentes comme une espèce de « panacée »
  • Au XVIème siècle, le médecin Paracelse (1493-1541) met l’accent sur le terme d’Archaeus ou « médecin intérieur », qui dirige l’autorégulation du corps et qui est activée par le jeûne.
  • Friedrich Hoffmann (1660-1742), médecin de famille du premier Roi de Prusse, écrivit un livre sur le jeûne, « Wie man schwere Krankheit durch Mäsigung und Fasten kurieren kann » (Comment soigner des maladies graves par la modération et le jeûne) et utilisa les cures de sérum de lait.

L’essor du jeûne médical au 19ème siècle

A partir du XIX, de plus en plus de médecins et chercheurs se consacraient à étudier les effets du jeûne. La décodification de la physiologie du jeûne et le développement du jeûne traditionnel constituent la pierre angulaire de la reconnaissance de cette forme de traitement en médecine naturelle. À partir de ce moment, le jeûne est redécouvert et utilisé comme thérapie pour les maladies chroniques et la prévention de pathologies. Grâce à plusieurs médecins et réformateurs sanitaires d’Europe et des États-Unis, le jeûne a connu une renaissance.

  • Le premier jeûne expérimental de longue durée, surveillé et rigoureusement contrôlé par des commissions médicales fut entrepris par un médecin anglais, le Dr. Henry S. Tanner (1831-1918), à New York, en 1880. A l’époque, l’enseignement officiel dans les facultés de médecine affirmait qu’il était impossible pour l’homme de s’abstenir de nourriture. En peu de jours, la mort devait fatalement arriver. Henri Tanner s’est soumis à un jeûne de quanrante-deux jours dans le Medical College de New York. Les convictions jusqu’alors bien établies au sujet du jeûne en furent ébranlées et on se mit à étudier la question de plus près.
  • Le Dr. Tanner entreprit par la suite de nombreux jeûnes jusqu’à sa mort en 1919, à l’âge de 91 ans. Il avait l’habitude de proclamer que “la cure de jeûne était la vraie cure d’eau de Jouvence ».
  • En Allemagne, Sebastian Kneipp (1821-1897) recommandait tout spécialement le jeûne dans le cas de maladies infectieuses aiguës.
  • Le médecin américain Edward Hooker Dewey (1840-1904) est l’auteur du livre «Le Jeûne qui guérit-La méthode des deux repas » (The No-Breakfast Plan and the Fasting Cure), qui eut un grand écho dans toute l’Europe. Il explique :

       « Le cœur tire un grand profit du jeûne. Car, pendant le jeûne, il ne dépense que cinquante pourcents de son énergie. La raison en est que les cellules faibles disparaissent et leur nombre diminue : seules restent les cellules saines et fortes. Ainsi, le débit sanguin diminue   progressivement, soulageant l’activité du cœur. Le passage du sang dépourvu de nutriments     dans le cœur est d’un grand repos pour ce dernier. »

Le docteur ajoute par la suite : « Nul n’ignore que pendant le jeûne, la circulation sanguine est purifiée des gaz, des acides et autres toxines dont l’élimination revitalise le cœur et renouvelle son énergie, ce qui lui permet de pomper le sang d’une manière plus pure et plus saine. »

  • Le Dr Herbert McGolphin Shelton (1895- 1985), dans l’État du Texas, aux États-Unis, fonda le célèbre mouvement hygiéniste, qui prône le jeûne en bannissant rigoureusement l’aide de toute thérapeutique naturelle ou de tout adjuvant naturel. Son leitmotiv est : « Il faut laisser la Nature agir toute seule. » Sa méthode fut vulgarisée en France par des hygiénistes comme Gérard Nizet, Albert Mosséri et Désiré Mérien. Il est l’auteur du best-seller de référence Le jeûne.
  • À la fin du XIXème siècle, le médecin autrichien Franz Xaver Mayr (1875-1965) devenait célèbre. Il développa une méthode de dépuration intestinale dans laquelle il prescrivait autant le jeûne à base d’infusion qu’une diète avec du lait et du pain blanc.
  • Le Dr Simon Guelpa (1850-1930), de Paris, se rendit célèbre au début des années 1900 par ses prescriptions de cures de jeûne rythmé, qui duraient de trois à cinq jours et étaient suivies de huit jours d’alimentation strictement végétarienne. Leur répétition périodique donnait souvent des améliorations de santé spectaculaires.
  • Le Dr Edouard Bertholet (1883-1965) a dirigé pendant cinquante ans une clinique de cures de jeûne à Lausanne, en Suisse. Il ajoutait au jeûne des purges salines et des lavements intestinaux répétés. Il disait : « Le jeûne est une opération sans couteau. » L’une de ses patientes a joliment qualifié le jeûne par la formule : « Jeûner, c’est mettre ses organes digestifs sur une chaise longue. »
  • Le docteur Paul Carton (1875-1947), considéré comme “l’Hippocrate du XXème siècle“devint l’ambassadeur du jeûne, suivit plus récemment par André Passebecq, Albert Mosséri, Désiré Mérien, Daniel Kieffer, Jean-Pierre Willem. Son empreinte sur l’histoire de la naturopathie est indéniable et son message intemporel:

 

“La vie humaine ne se déroule pas au hasard aveugle des circonstances extérieures. Un  ensemble de lois générales et particulières conduit l’existence de chacun de nous. Connaître ces lois d’une façon précise et les appliquer aussi exactement qu’il est possible, tel est le seul secret de la santé et du bonheur. »

 

  • En Allemagne, au commencement du XXème siècle, Dewey exerçait une influence sur les médecins Siegfried Möller, et Gustav Riedlin, en faveur du jeûne. Otto Buchinger était proche de ceux-ci. Il guérit aussi bien de son rhumatisme articulaire aigu (avec Riedlin) que de son problème biliaire chronique (avec Möller) durant des cures de jeûne sous leur surveillance. Le médecin allemand Otto Buchinger (1878-1966) se fit une place dans l’histoire du jeûne médical avec le développement de la méthode du jeûne thérapeutique. Aujourd’hui, le jeûne thérapeutique fait partie de la médecine intégrative. Ses disciples Heinz Fahrner et Helmut Lützner, de même que les médecins des cliniques Buchinger, ont poursuivi son œuvre. En 1986, la Ärztegesellschaft Heilfasten und Ernährung (ÄGHE), (Association Médicale Jeûne et Nutrition) est fondée. Elle se consacre à la recherche et à la divulgation du jeûne thérapeutique. « L’Europäische Gesellschaft für Naturheilverfahren » (ESCNM : Association Européenne pour la Médecine Naturelle), créée en 1996, poursuit le même objectif.
  • Enfin, celui que l’on considère comme le fondateur de la naturopathie contemporaine, en France, Le Pr Pierre-Valentin Marchesseau (1911-1994) aimait beaucoup conseiller la monodiète aux pommes mûres, crues ou cuites au four, nature. Cette technique simple et agréable a souvent donné des résultats spectaculaires. Il portait le jeûne comme une méthode préventive, on lui doit cet adage :

 

“La meilleure des préventions et des guérisons restera toujours le renforcement des défenses naturelles.”

 

Aujourd’hui, il existe une multitude d’études, de forums et de livres relatant les expériences menées pour évaluer les effets salutaires du jeûne.

Contesté chez nous, le jeûne et notamment le jeûne thérapeutique réservé aux malades (alors que le jeûne diététique s’adresse aux bien-portants), connaît un vrai succès dans certains pays comme la Russie, les États-Unis, le Japon, le Canada…

  • L’Allemagne est le pays de référence, grâce à notamment la méthode du docteur Otto Büchinger, un médecin allemand qui a ouvert sa première clinique en 1953 après s’être guéri d’un rhumatisme articulaire aigu grâce au jeûne. Celui-ci a mis au point des recettes de jus de fruits et de bouillons de légumes, sur une base de 250 calories par jour, et a associé le jeûne avec des temps de repos et d’activités physiques. Sa clinique de jeûne, ainsi que toutes celles qui se sont ouvertes par la suite sur ce principe, obtiennent des améliorations substantielles sur des maladies chroniques difficilement guérissables.
  • En France, le jeûne était une pratique quasi confidentielle qui commence à sortir petit à petit de l’anonymat. Néanmoins, la route est encore longue. Il fut un temps où nous jeûnions instinctivement lorsque nous étions souffrants, comme le font les animaux et les bébés. Aujourd’hui, nous préférons « manger pour prendre des forces », même si cette digestion représente une mission supplémentaire à notre organisme déjà bien occupé à lutter, et prendre des médicaments pour nous permettre d’aller mieux, plutôt que de nous tourner vers des méthodes plus naturelles.

LES MECANISMES

QUE SE PASSE T-IL QUAND NOUS JEÛNONS?

Deux processus fondamentaux se mettent en place pour pouvoir palier au manque de nourriture et pour fournir, malgré tout, l’énergie et les nutriments essentiels dont nos cellules ont besoin pour assurer leur métabolisme : l’autophagie et la cétogenèse.

L’autophagie

L’autophagie, du grec “se digérer soi-même”, est un phénomène naturel qui permet un renouvellement constant des fonctions cellulaires. Elle se déclenche quand une cellule reçoit un signal de stress : déperdition en énergie en cas de jeûne par exemple, chimiothérapie, radicaux libres, infection bactérienne, etc. 

“Auto-digestion” cellulaire:

« L’autophagie va permettre à la cellule de manger des parties d’elle-même afin de redélivrer des constituants essentiels – acides aminées, les lipides, etc. – pour pouvoir assurer d’autres fonctions, qui vont lui permettre de survivre à ce stress », résume Patrick Auberger, directeur de recherche à l’INSERM, directeur du C3M (Centre de méditerranéen de médecine moléculaire). 

En quelque sorte, l’autophagie est “une forme de self-cannibalisme, dans la mesure où la cellule, en cas de stress, va induire sa propre auto-digestion. Elle permet à la cellule d’avoir une vigilance sur ses défauts, de les éliminer. Ce qui va lui permettre de s’adapter et de survivre”, souligne ce chercheur spécialisé en médecine moléculaire. 

La science a beaucoup progressé pour expliquer ce phénomène et c’est le 3 octobre 2016 que le prix le prix Nobel de médecine et physiologie a été décerné  au japonais Yoshinori OHSUMI pour ses remarquables travaux sur les mécanismes de l’autophagie, mécanisme crucial pour comprendre le renouvellement des cellules et la réponse du corps à la faim et aux infections :

Une cellule s’autodigère, voire s’autodétruit, pour protéger l’organisme.

La cétogenèse

Lors d’un jeûne, en toute logique, le processus de stockage énergétique s’inverse et  l’énergie stockée est libérée pour subvenir aux besoins de l’organisme. La transition de l’état alimenté à l’état à jeun se produit en plusieurs étapes, comme le décrit George Cahill, une autorité en matière de physiologie du jeûne: 

 

  1. Alimentation: le taux de sucre sanguin augmente lors de l’ingestion de nourriture, ce qui provoque une montée du taux d’insuline, nécessaire pour faire entrer le glucose dans les cellules qui l’utilisent comme source d’énergie. Le glucose excédentaire est stocké dans le foie sous forme de glycogène ou transformé en graisse. »

2. Phase suivant l’absorption, la glycogénolyse (six à vingt-quatre heures après le début du jeûne) : à ce stade on observe une baisse de la glycémie et du taux d’insuline. Pour fournir de l’énergie, le foie commence à puiser dans ses réserves de glycogène pour produire du glucose. Ces réserves durent entre vingt-quatre et trente-six heures.

3. La néoglucogenèse (vingt-quatre heure à deux jours après le début du jeûne) : Les réserves de glucose sont alors épuisées, le foie produit du glucose à partir des acides aminés selon un processus appelé néoglucogenèse (littéralement: « fabrication de nouveau glucose » ). Chez les personnes qui ne souffrent pas de diabète, la glycémie baisse tout en restant dans des limites normales.

4. La cétogénèse (deux à trois jours après le début du jeûne) : le faible taux d’insuline stimule la lipolyse (dégradation des graisses) pour produire de l’énergie. Les triglycérides (forme de stockage des graisses) sont dégradés en glycérol et en trois chaînes d’acides gras. Le glycérol est utilisé pour la néoglucogenèse, de cette manière les acides aminés sont mobilisés pour la synthèse protéique. La plupart des tissus du corps, hormis le cerveau, puisent directement leur énergie dans les acides gras. Le corps utilise des acides gras pour produire des corps cétoniques (ou cétones) qui sont capable de franchir la barrière hémato-encéphalique et dans lesquels le cerveau puise son énergie. Après quatre jours de jeûne près de 75% de l’énergie consommée par le cerveau provient des cétones.

5. La conservation des protéines (cinq jours après le début du jeûne) : un taux élevé d’hormone de croissance préserve la masse musculaire et les tissus maigres. L’énergie nécessaire au métabolisme de base provient presque entièrement des acides gras et des cétones. La néoglucogenèse utilise du glycérol pour maintenir le glucose sanguin. L’augmentation du taux

Le corps « ne fait pas fondre les muscles » pour se nourrir tant qu’il reste des réserves de graisses.

BÉNÉFICES SANTÉ

Même si il faut garder à l’esprit que des essais cliniques de grande ampleur sont encore nécessaires pour apporter des niveaux de preuves suffisants sur les bénéfices du jeûne et pour vérifierqu’ils perdurent dans le temps, ces bénéfices semblent de plus en plus nombreux et intéressants. Un nombre croissant d’études viennent étayer le bien fondé d’une pratique millénaire aux multiples vertus santé. Gardons à l’esprit que ce qui est développé ici l’est dans le cadre d’une action de prévention santé et non dans le cadre d’une action thérapeutique.

Même en période de jeûne, l’organisme doit continuer de fonctionner et a besoin de carburant. La nature est bien faite, nous avons des réserves pour « tenir » en l’absence de nourriture. En moyenne, une personne de constitution « normale » a des réserves graisseuses pour 40 jours.
Comme nous l’avons vu, différents mécanismes se mettent en place pour continuer à fournir du glucose aux cellules de l’organisme.

 

Les études ont mis en lumière le fait que le jeûne provoque des réponses cellulaires adaptatives qui permettent de réduire les dommages oxydatifs et l’inflammation, d’optimiser le métabolisme énergétique et renforcer la protection cellulaire.

Les connaissances scientifiques actuelles nous permettent de dire que le jeûne a des effets positif sur :

Pratiquer un jeûne partiel en alternance avec un régime normal (jeûne intermittent) permet de perdre du poids. Ce type de régime aurait l’avantage d’être plus facile à suivre qu’un régime hypocalorique.

Pour les personnes en surpoids et obèses, mais aussi pour les personnes de poids normal, alterner une journée de jeûne partiel (25 % des apports énergétiques) et une journée d’alimentation normale s’avère un moyen efficace de perdre du poids.

Cette méthode aurait en outre d’autres bénéfices chez les personnes obèses notamment : diminution des triglycérides, de la pression artérielle et de la glycémie, amélioration de la résistance à l’insuline (et donc réduction du risque de diabète).

Cependant, pour que le jeûne soit efficace dans le temps, il doit être pratiqué régulièrement sur le long terme. Au risque de reprendre tous les kilos perdus.

Chez les Mormons qui pratiquent le jeûne régulièrement, les chercheurs ont montré que les maladies coronariennes et le diabète étaient moins fréquents que dans le reste de la population.

Les études montrent que le jeûne intermittent (par exemple jeûner partiellement un jour sur deux) diminue le risque de diabète de type 2 de la même façon que le régime hypocalorique, plus difficile à suivre à long terme.

Globalement, les études rapportent que le fait de pratiquer le jeûne intermittent (total ou partiel) ou se nourrir sur des plages de temps limitées chaque jour modifie un certain nombre de facteurs de risque de maladies cardio-vasculaires et induit une diminution du cholestérol-LDL, des triglycérides, de la pression artérielle, de la masse de graisse viscérale et une augmentation de la sensibilité à l’insuline.

Il se pourrait que le jeûne soit un moyen d’obtenir rapidement une baisse de la tension artérielle mais pour que les bénéfices perdurent le jeûne doit être un point de départ pour un changement alimentaire durable.

Le jeûne a des effets anti-inflammatoires dus à la production d’une molécule, le BHB (β-hydroxybutyrate ou acide β-hydroxybutyrique), qui est un corps cétonique. Ce composé bloquerait une partie du système immunitaire impliqué dans certaines maladies inflammatoires comme le diabète de type 2, les maladies auto-immunes, l’athérosclérose ou la maladie d’Alzheimer.

C’est parce qu’il souffrait de polyarthrite rhumatoïde que le Dr Buchinger a débuté le jeûne. Le succès de sa thérapie a été confirmé par différentes études depuis. Une étude parue dans The Lancet en 1991 rapporte ainsi les résultats d’un essai contrôlé randomisé qui montrent un effet bénéfique du jeûne (tisanes, bouillon de légumes, jus de légumes pendant 7-10 jours) sur les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde.

Avec une précaution : faire attention à la reprise de l’alimentation. Après avoir jeûné, les participants avaient en effet été soumis à un régime végétalien sans gluten pendant 3,5 mois puis avaient continué un régime végétarien pour le reste de l’étude. Les bénéfices étaient toujours présents après une année.

D’autres études seront nécessaires pour pouvoir conclure sur le bienfait du jeûne et son éventuel rôle thérapeutique sur la polyarthrite rhumatoïde.

Le jeûne semble posséder des vertus proches de celles de la restriction calorique, tout en étant plus simple à suivre.

La restriction calorique permet d’allonger l’espérance de vie et a un effet bénéfique sur les maladies liées à l’âge notamment par le biais d’une réduction des radicaux libres et des espèces réactives de l’oxygène, donc une baisse du stress oxydant. C’est ce que montre une étude menée sur des singes dont les apports caloriques ont été réduits de 30% et qui a duré 25 ans. Les singes qui mangeaient normalement avaient un risque de décès multiplié par 3 par rapport à ceux qui étaient en restriction calorique.

Chez les animaux, une restriction calorique prolongée permet également de diminuer le risque d’apparition de maladies liées à l’âge, comme le cancer et le diabète. Ainsi la restriction calorique prolongée augmente la durée de vie en bonne santé et donc la qualité de vie.

Dans les études menées sur l’homme, et particulièrement chez des personnes en surpoids, la restriction calorique permet de diminuer certains facteurs de risque cardiaque, améliore la sensibilité à l’insuline et la fonction mitochondriale et lutte contre les dégâts oxydatifs subis par l’ADN.

Des jeûnes périodiques (de 5 jours par ex) :

  • Reprogramment les populations de lymphocytes T
  • Tendent à abaisser l’auto-immunité
  • Diminuent le nombre de cytokines pro-inflammatoires (qui sont impliquées dans des maladies inflammatoires chroniques)

A la ré-alimentation: un signal entraîne la création de cellules souches hématopoïétiques (sanguines) afin de remplacer des lymphocytes T et autres globules blancs qui le nécessitent.

En fait, le jeûne provoque un changement majeur dans le système de création des cellules sanguines : de dormant, il devient actif. Les cellules souches hématopoïétiques se mettent à se multiplier pour régénérer le système immunitaire.

Par quels mécanismes?: dès le début de son action, le jeûne éteint l’expression d’une enzyme clé dans le processus de croissance et de vieillissement (enzyme pkA). La mise sous silence de cette enzyme entraine d’une part une diminution radicale des facteurs de croissance dans le sang ( les fameux IGF-1 qui nourrissent les cellules cancéreuses) et dans le même temps envoie un signal de mise en action aux cellules souches. C’est ainsi que le processus de régénération se met en route.

Les études montrent des améliorations de l’humeur et de la vigilance et une sensation de bien-être. Parfois certains patients sont dans un état proche de l’euphorie.

Le fait de manquer de nourriture est générateur de stress pour l’organisme et l’effet bénéfique du jeûne sur l’humeur pourrait être un mécanisme adaptatif de l’évolution : lorsque la nourriture manque, notre corps libère des substances chimiques afin de protéger le cerveau des effets négatifs.

Beaucoup de mécanismes neurobiologiques ont été proposés pour expliquer les effets du jeûne sur l’humeur : il induirait par exemple des modifications dans la production des neurotransmetteurs, la qualité du sommeil ou la synthèse de facteurs neurotrophiques (qui permettent la construction de nouveaux neurones et sont essentiels au développement du système nerveux et au maintien des fonctions cognitives). Le jeûne « booste » également le niveau de sérotonine et de dopamine, les deux messagers chimiques du cerveau liés à la bonne humeur. Des observations cliniques rapportent un effet rapide du jeûne (entre le 2e et le 7e jour) sur les symptômes dépressifs. Mais sur ce sujet les études à long terme manquent.

Le jeûne protègerait des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson…) par quatre mécanismes principaux :

  • il augmente la synthèse de facteurs neurotrophiques et donc la « construction » de nouveaux neurones, tout au moins chez les animaux.-
  • Il induit la production de cétones par le foie pour remplacer le glucose comme carburant des cellules et du cerveau. Or les maladies neurodégénératives seraient en partie dues à des anomalies du métabolisme du glucose dans le cerveau. Un apport en carburant alternatif comme les cétones pourrait permettre aux cellules du cerveau de mieux fonctionner et de ne pas mourir au final.
  • Il augmente le nombre de mitochondries (nos usines à énergie) dans les cellules nerveuses tout comme l’exercice physique augmente le nombre de mitochondries dans les cellules musculaires afin d’augmenter la masse musculaire. Des cycles bi-mensuels de jeûne de 4 jours suivis par des souris d’âge moyen améliorent les capacités cognitives des souris les plus âgées. On observe même une régénération des cellules nerveuses dans l’hyppocampe.
  • Enfin, le cerveau répond à une courte période de jeûne par l’autophagie, un processus qui permet de débarrasser les cellules neuronales des toxines, ce qui aurait un effet neuroprotecteur.

 

ETUDES

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LIVRES

Le jeûne, une nouvelle thérapie – Thierry De Lestrade – Arte édition – 2015

Le fasting – JB Rives – Thierry Souccar éditions – 2017

Le jeûne – Hellmut Lützner – Terre Vivante – 2012

Le jeûne – Dr Jean-Pierre Willem – Guy Trédaniel – 2018

Le miracle du jeûne – Pierre Levebvre, Anne Claire Meret – First Edition – 2017

Le guide complet du jeûne – Dr Jason Fung – Thierry Souccar éditions – 2016

Le Jeûne – H.M. Shelton – Le courrier du livre – 1994 (2ème édition)

SITES INTERNET

lanutrition.fr

alternativesante.fr

bio-info-sante.fr

passeportsante.net

buchinger-wilhelmi.com

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS

Indications

Compte tenu de ce qui a été vu au chapitre « BÉNÉFICES SANTÉ » :

  •   Excès de poids
  •   Taux élevés de triglycérides, cholestérol et/ou acide urique
  •   Stress, fatigue chronique, faible niveau de vitalité
  •   Faiblesse ou déséquilibre (hyper activité/sensibilité) du système immunitaire
  •   Prévention du diabète type II
  •   Sensation de lourdeur du corps, foie paresseux, intestins chargés
  •   Hypertension
  •   Rétention d’eau
  •  Manifestations allergiques (respiratoire, digestive …)
  •  Manifestations inflammatoires douloureuses (articulaire, intestinale …)
  •   Sensibilité digestive, constipation chronique, ballonnements, distension abdominale
  •   Maux de têtes
  •   Épuisement psychique (surmenage intellectuel et/ou émotionnel)
  •  Variabilité de l’humeur, irritabilité, états à tendance dépressive
  •   Addictions légères (tabagisme, alcool …)
  •   Stade précoce de troubles neurologiques (type Alzheimer ou Parkinson)

Tout le monde ne peut pas suivre un tel type de jeûne, ou alors sous supervision médicale.

Contre-indications

Le jeûne est déconseillé dans les situations suivantes :

  • Cachexie (état pathologique d’affaiblissement extrême d’un organisme dénutri)
  • Anorexie et troubles du comportement alimentaire
  • Hyperthyroïdie non contrôlée
  • Insuffisance cérébro-vasculaire avancée ou démence
  • Insuffisances hépatiques et rénales sévères
  • Grossesse et allaitement – Enfants (croissance)
  • Personnes très intoxiquées (alcool+tabac+café)

Les indications qui présentent un risque et doivent être supervisées par un médecin

  • Addictions
  • Diabète de type 1
  • Troubles psychotiques
  • Maladie coronarienne instable ou grave
  • Décollement de rétine
  • Ulcère duodénal ou ventriculaire
  • Reflux gastro-oesophagien
  • Cancer
  • Maladies auto-immunes 
  • Scléroses en plaques

Traitements qui doivent être ajustés pendant un jeûne

  • Médicaments anti-inflammatoires non-stéroïdiens
  • Corticoïdes systémiques
  • Anti-hypertenseurs (surtout bêta-bloquants et diurétiques)
  • Anti-diabétiques
  • Contraceptifs
  • Anti-coagulants
  • Psychotropes (surtout neuroleptiques et lithium)
  • Anti-convulsivants

Ceci constitue la liste des contres-indications thérapeutiques majeures les plus courantes.

Il relève de la responsabilité du futur jeûneur de vérifier auprès de son médecin que sa condition physique et psychique est compatible avec une cure de jeûne diététique.

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